
En janvier, 46 musiciens ont boycotté les auditions du spectacle “Chicago”, prévu en fin d’année. En cause, le montant du cachet proposé et la volonté de faire réagir sur les rémunérations dans ce secteur qui ne connaît pas la crise.
Le petit monde de la comédie musicale prend, ces derniers mois, des airs de révolution. Pour le retour en 2025 du spectacle Chicago, arrivé sur les planches parisiennes en 2018-2019 et couronné de succès (300 000 spectateurs), la société de production Stage Entertainment s’est confrontée à une première (selon les syndicats) dans le secteur : le boycott de son casting par plusieurs musiciens et musiciennes en raison du montant du cachet proposé. A la sortie d’une réunion organisée le 27 février entre le directeur général de la production, Laurent Bentata, le Snam-CGT et quelques musiciens, Philippe Gautier, secrétaire général du syndicat, était pessimiste : “Nous avons été entendus mais avons-nous été écoutés ? Je ne sais pas...”
Secteur florissant en France depuis le début des années 2000 avec des projets à succès comme Notre-Dame-de-Paris (7 adaptations internationales et 2,5 millions de spectateurs en 7 ans) ou encore Mozart, l’opéra rock (1,4 million de spectateurs en deux ans), le genre a longtemps été déconsidéré. Populaire, familial ou encore trop anglo-saxon, la comédie musicale est le plus souvent boudée des élites culturelles.
A Paris, en 2005, avec le rachat du théâtre Mogador, devenu “temple de la comédie musicale”, lit-on sur leur site, la multinationale néerlandaise Stage Entertainment s’implante dans le paysage. L’antenne française, dirigée par Laurent Bentata, produit et a produit les plus gros succès de la capitale : Grease, Mamma Mia !, Sister Act, Cats, et Le Roi Lion. La recette est simple : importer Broadway sur les bords de Seine en mettant un spectacle américain à la sauce française. Mais dans les locaux de Stage Entertainment, ce n’est pas toujours La Mélodie du Bonheur.
Pas à la hauteur du niveau des musiciens
En janvier 2025, les musiciens pré-sélectionnés pour les auditions qui doivent se dérouler début février, reçoivent un mail de confirmation leur indiquant les dates de castings et le montant du cachet prévu : 130 euros bruts. Dans ce petit milieu où tout le monde se connaît mais connaît également combien les autres sont rémunérés, plusieurs intermittents s'agacent de la somme proposée par la production. “Il est problématique pour de nombreuses raisons, explique Matthieu*, un musicien présélectionné qui a souhaité garder l’anonymat. Le coût de la vie est particulièrement élevé en ce moment, notamment depuis que le calcul des indemnités de l’intermittence a changé : je suis passé de 1 jour indemnisé pour un jour travaillé à 1 jour indemnisé pour 1,3 jour travaillé. C’est catastrophique, ça ne permet pas du tout de rentrer dans ses frais. Enfin, la rémunération n’est pas à la hauteur du niveau exigé.”
“C’est une question de perspective, répond Laurent Bentata, confortablement assis dans son bureau, entouré d’affiches de ses productions. Bien sûr nous voulons les meilleurs musiciens, ils ne sont pas une variable d’ajustement mais nous faisons encore partie des productions qui proposent des musiciens live, élude-t-il. Il y a un cahier des charges, nous pourrions cependant le refuser si nous ne rentrions pas dans nos frais. Je ne suis pas philanthrope ou là pour faire du bénévolat. Nous sommes une entreprise privée qui répond à des prérogatives de rentabilité. Celle-ci nous permet d'investir dans de nouveaux spectacles et de garantir donc la pérennité de notre entreprise et de celle de nos équipes. J'estime que nous traitons bien les gens et respectons nos salariés.”
Portés par le Snam-CGT, 46 musiciens décident de boycotter les auditions dès janvier. Certains habitués de la maison iront jusqu'à envoyer un mail au directeur artistique du Mogador, Dominique Trottein, resté sans réponse à ce jour : “Ce montant, qui n’a pas progressé au même rythme que les exigences et les réalités du métier, ne nous semble pas refléter la qualité de notre travail en tant que musiciens compétents et investis. Cette production exige un savoir-faire spécifique et des compétences élevées, et nous pensons que le respect de notre engagement passe également par une juste reconnaissance financière”, écrivent-ils, en proposant une réévaluation à hauteur de 170 euros bruts.
Pourtant, le montant du cachet pour la comédie musicale Chicago était sensiblement le même en 2018-2019. Interrogé à ce sujet, Marc est lucide : “Il aurait fallu qu’on se batte à ce moment-là... Mais on était passionnés, Chicago c’est artistiquement exceptionnel et difficile à refuser.” Il met tout de même en lumière leur absence de connaissances sur leurs droits : “Personne n’est venu nous voir à l’époque pour nous dire que nous étions mal payés, on était peu syndiqués...”
En tout, la production représente sept représentations par semaine et 10 postes d’instruments couverts par 3-4 personnes. Car un musicien de comédie musicale n’est presque jamais mono-instrument. La plupart d’entre eux jouent du...
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