
Les actifs et les jeunes apprécient les visites en soirée, davantage compatibles avec leur emploi du temps. Mais ces extensions horaires nécessitent une adaptation du personnel.
Vingt heures, les quelques derniers rayons de soleil viennent caresser les parois en verre de la pyramide du Louvre. La journée touche à sa fin et pourtant, une foule massée devant le musée parisien patiente sagement dans l’espoir de pouvoir passer la soirée avec La Joconde. Si cette scène relève de la pure fiction – l’établissement n’est ouvert que de 9 heures à 18 heures, tous les jours sauf le mardi –, elle pourrait bientôt devenir réalité. Le Louvre a en effet décidé d’accueillir le public en nocturne un soir par semaine. C’était le cas avant la pandémie de Covid-19, mais cette possibilité a été suspendue en raison de la crise sanitaire.
Aucune date précise n’a encore été arrêtée mais si un accord est trouvé avec les syndicats du personnel, l’extension horaire pourrait être mise en place début juillet. Elle devrait concerner l’exposition Pharaon des deux terres. L’épopée africaine des rois de Napata, ouverte le 28 avril, qui serait accessible tous les vendredis jusqu’à 21 h 45 et ce, jusqu’à sa fermeture, le 25 juillet.
Le succès de l’opération Nuit européenne des musées, menée chaque année en mai depuis vingt ans, et l’afflux du public lors des opérations spéciales proposées en soirée pour les expositions à forte fréquentation témoignent de l’envie de se confronter à l’art en nocturne. Plusieurs musées parisiens offrent aux amateurs de visite tardive la possibilité de découvrir des œuvres le soir. Une manière d’attirer un public plus jeune, actif, surtout francilien.
« Des visites plus agréables »
« On voulait sortir ce soir après le travail, et venir au musée, cela nous change d’une soirée au cinéma ou au bar », témoigne Nicolas, croisé jeudi 19 mai au Musée d’Orsay où cet architecte est venu en compagnie d’amis voir l’exposition consacrée à Gaudi. Une visite en soirée, qui tombe à pic pour ce passionné de l’artiste catalan, qui, habituellement, par manque de temps, ne peut pas se rendre au musée en semaine. Contrairement au Louvre, le Musée d’Orsay n’est pas revenu, en raison de la crise sanitaire, sur le principe de sa nocturne du jeudi de 18 heures à 21 heures instaurée depuis son ouverture, en 1986.
« Notre but est de renouer avec les jeunes actifs qui ne sont pas forcément disponibles aux horaires habituels du musée en leur proposant des visites plus agréables avec notamment moins de monde », explique Pierre-Emmanuel Lecerf, administrateur général du Musée d’Orsay. Pour ce faire, le musée a baissé ses tarifs – 10 euros à partir de 17 heures contre 12 euros le reste de la journée –, l’entrée étant gratuite pour les moins de 26 ans. « Ça ne suffira pas à compenser l’absence de touristes depuis les premiers confinements, mais il faut maintenant installer durablement cette nocturne qui doit devenir l’événement de la semaine », ajoute Pierre-Emmanuel Lecerf.
Du jeudi 24 mars au jeudi 5 mai, la fréquentation moyenne des nocturnes à Orsay s’est élevée à 2 767 visiteurs. L’exposition Gaudi connaît un vif succès, au risque de faire perdre aux visiteurs du soir l’avantage de la tranquillité. « Je suis assez déçu, je m’attendais à ce qu’il y ait moins de monde, observe Nicolas. On se marche sur les pieds pour prendre la moindre photo ou juste se rapprocher des œuvres. »
Situé non loin du Musée d’Orsay, de l’autre côté de la Seine, le Musée des arts décoratifs a aussi choisi la date du jeudi pour ses nocturnes (jusqu’à 21 heures). L’exposition consacrée au couturier Thierry Mugler connaît un succès tel que trois autres créneaux en soirée ont été ouverts, les vendredis, samedis et dimanches jusqu’à 20 h 30. « Les musées sont des lieux importants de patrimoine et de transmission. La question est maintenant de savoir comment améliorer et amplifier les services que nous proposons à notre public très local », déclare Olivier Gabet, le directeur de l’établissement. Des événements à thèmes sont ainsi organisés comme les soirées « Vivez lézard ! », destinées aux 18-25 ans pour découvrir les expositions en nocturne autour d’ateliers et de conférences.
Conditions de travail
Les nocturnes impliquent un dialogue social et une organisation des plannings pour les établissements culturels qui se doivent de concilier demandes du public et conditions de travail des employés de nuit. « Les nocturnes sont certes rentables pour les musées, mais elles nécessitent un dialogue social permanent », explique Sylvie Corréard, directrice générale en charge de la vie économique et sociale du Musée des arts décoratifs. Les plannings sont clairs : une équipe interne de nuit se charge des expositions temporaires et une équipe externe, fournie par une entreprise prestataire, s’occupe des expositions permanentes.
« L’année dernière, on a engagé des CDD et on a complété nos équipes pour la vérification des passes sanitaires, rappelle Sylvie Corréard. Nous avons l’obligation d’informer en amont le Comité social et économique (CSE) au moindre changement. » Du côté du Musée d’Orsay...
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