
Professeur d'histoire contemporaine à l'Université Bourgogne Europe, Philippe Poirrier dénonce le délitement du consensus qui a prévalu jusqu'à présent en matière de politiques culturelles. Situation dont les publics les plus éloignés des équipements culturels risquent de faire les frais.
La politique culturelle publique en France repose sur un système polycentrique qui s’est construit progressivement depuis les années 1960. Au cours des années 1980, sous les ministères Lang, une logique de partenariat entre l’Etat et les collectivités locales, davantage qu’une décentralisation (au sens de transferts de compétences) presque inexistante, s’est imposée progressivement. Les financements croisés se sont généralisés dans le cadre d’un large consensus politique. Cette gouvernance a assuré une autonomie esthétique aux institutions culturelles.
C’est ce consensus qui est aujourd’hui remis en cause par certains élus, essentiellement de droite et d’extrême droite. L’extrême droite a toujours eu une vision instrumentale de la politique culturelle dans le cadre d’une « guerre culturelle » visant à imposer ses valeurs. Mais l’impact a longtemps été faible car elle ne gérait pratiquement pas de collectivités locales. La nouveauté est le positionnement d’élus du « bloc central » et de droite qui remettent explicitement en cause la logique de l’autonomie esthétique des institutions culturelles. Ces élus défendent une intervention plus forte des tutelles sur les projets culturels.
Les positions récentes des Régions « Pays de la Loire » (dirigée par Christelle Morançais) et « Auvergne Rhône-Alpes » (dirigée par Laurent Vauquiez) témoignent à la fois, au-delà des contraintes budgétaires affichées, d’une volonté de contrôle culturel (proche d’une véritable censure) et d’une logique libérale assumée qui risquent de fragiliser tout l’édifice des politiques culturelles publiques en Région. La brutalité des interventions, menées sans concertation le plus souvent, interrogent sur l’image que ces élus se font des acteurs culturels. Ce nouveau discours est...
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