
Le 28 janvier dernier, Emmanuel Macron a présenté un grand plan pour la « renaissance » du Louvre, menacé par l’obsolescence de ses espaces. Parmi les annonces, une hausse tarifaire, en particulier pour les touristes non européens. Une mesure que les chercheurs Patrick Poncet et Jean-Michel Tobelem ne jugent pas légitime.
Pour accroître les ressources financières du Musée du Louvre, Emmanuel Macron propose de faire payer plus cher l’entrée aux habitants non européens de la planète. D’où vient cette idée ? Comment faut-il la comprendre ? Quelle voie montre-t-elle ?
On trouve cette recommandation dans un rapport de deux économistes, Françoise Benhamou et David Thesmar (Valoriser le patrimoine culturel de la France, Conseil d’analyse économique, 2011). Leur idée est la suivante : puisque le Louvre est incontournable, sa visite n’a pas de prix. Plus précisément, on peut augmenter ce prix significativement sans risquer de perdre beaucoup de « clients ».
Mais ce raisonnement vaut pour tous les sites incontournables d’une destination (Orsay, Notre-Dame, la tour Eiffel, Chambord, le Mont-Saint-Michel…), ce qui contribue à la rendre onéreuse et à affaiblir son attractivité face aux destinations comprenant nombre de sites incontournables. La concurrence touristique se fait en effet entre destinations au moins autant qu’entre sites touristiques. Outre l’effet d’image xénophobe, la conséquence économique risque d’être l’inverse de celle attendue. Pour le comprendre, on doit en venir à ce qu’est réellement un établissement tel que le Louvre.
Tous propriétaires du Louvre
Un musée est un espace public, au sens fort du terme ; à savoir un endroit où la société se représente à elle-même (sa culture, ses valeurs, etc.). C’est un lieu public, c’est-à-dire qu’il fait partie des espaces qui sont accessibles à la plus grande partie de la société. Mais quelle est donc la société du Louvre ? Tout simplement l’humanité. Pour un musée mondial comme le Louvre, il ne peut s’agir que de donner accès au monde entier aux œuvres de rang mondial, qui composent le patrimoine culturel de l’humanité.
En ce sens, sa fonction est d’en être le dépositaire, en contrepartie d’y donner accès à l’humanité entière. Un accès dont l’économie est quant à elle au bénéfice de la société locale : les commerces alentour, l’hôtellerie et la restauration, les autres sites touristiques parisiens, d’autres lieux de visite en France, voire même en Europe, car entrant dans la composition des « attracteurs » qui motivent la visite du continent (le Parthénon, l’Alhambra, le Colisée, la Sagrada Familia, mais aussi les Offices ou le Kunsthistorisches Museum).
Le fait d’être le dépositaire du patrimoine a certes un coût, mais il engendre aussi des gains, qui pour une destination urbaine sont considérables quand l’effet de levier repose sur l’accès à un bien mondial hautement désirable, radicalement singulier, mais à la fois unique et situé.
Segmenter la clientèle du musée
Les musées « universels » ne sont donc pas les propriétaires des œuvres. Les chefs-d’œuvre qu’expose le Louvre ne sont pas le capital d’une entreprise dont les actionnaires seraient les Français. Sa politique tarifaire n’est pas le résultat d’une politique de...
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