
Afin de réduire la dépense publique et la bureaucratie, des députés RN, puis le Premier ministre ont remis en question l’utilité de certains établissements publics. Or brider l’action du Centre national de la musique, s’alarme son président-fondateur, Jean-Philippe Thiellay, ce serait condamner à une mort certaine la diversité de la vie musicale française.
Alors que le gouvernement cherche à résoudre l’impossible équation des équilibres budgétaires et politiques, un nouveau mantra fait florès depuis quelque temps : questionner l’utilité des «1 000 agences» [expression employée par le Premier ministre dans son discours de politique générale, ndlr] et autres opérateurs de l’Etat, tels que l’Observatoire de la biodiversité, l’Ademe ou le CNRS. Une martingale pour réduire la dépense publique, supprimer des postes de fonctionnaires et débureaucratiser le pays.
Dans le domaine culturel, le Rassemblement national a avancé cette idée bien avant les autres. Dans le cadre de la discussion sur le projet de loi de Finances 2025, à l’automne dernier, les députés RN avaient déposé plusieurs amendements dont l’objectif affiché était de brider l’action de certains établissements publics, dont le Centre national de la musique (CNM), avant de les réinternaliser au ministère de la Culture.
Derrière ce sujet technique se cachent rien moins que la disparition de la politique publique en faveur de la musique, la désertification musicale dans le pays et des menaces très sérieuses sur les entreprises de la filière musicale, pour la plupart des TPE et PME. En d’autres termes, le RN et ses épigones préparent le terrain pour une concentration accélérée et pour une domination écrasante des productions mainstream, notamment anglo-saxonnes.
Pourquoi casser ce qui fonctionne ?
Après des décennies de tergiversations (1), le CNM a vu le jour en 2020 en regroupant quelques structures créées par les entreprises de la filière elles-mêmes dans les années 1980 et 1990 pour tâcher de rattraper le retard sur le cinéma qui a son opérateur, le CNC, depuis 1947. Deux taxes affectées – une taxe sur la billetterie et une autre plus récente sur le streaming –, et trois crédits d’impôts permettent d’accompagner les entreprises dans leur croissance. Grâce à la taxe sur la billetterie, les tournées de Taylor Swift ou de Mylène Farmer financent les «petits» festivals, le soutien aux jeunes artistes et la diversité.
Le produit de la taxe streaming fonctionne sur le même principe, avec des aides aux projets discographiques ou au développement international rendus possibles par la croissance de l’industrie phono. Pourquoi casser ce qui fonctionne si ce n’est pour faire plaisir aux plus gros acteurs ? Sans cette solidarité intraprofessionnelle, de très nombreux projets, dans le classique, le jazz, la chanson française, mais aussi dans le rap ou l’electro, le soutien à l’émergence de jeunes artistes et à la diversité n’existeraient tout simplement pas.
Que se passerait-il en cas de suppression du CNM et de réinternalisation de ses missions et de ses moyens au sein du ministère de la Culture ?
En créant elles-mêmes ce mécanisme redistributif, bien avant le CNM, les entreprises productrices de spectacles avaient consenti à mettre en commun et à redistribuer le produit de la taxe sur la billetterie. Si celui-ci part un jour dans le budget de l’Etat, si, en lieu et place d’un établissement qui fonctionne en «concertation permanente», selon les termes de la loi, c’est un bureau du ministère de la Culture ou ses services en...
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